Il faut caresser le petit chat qui se trouve à la fin de chaque histoire pour revenir au sommaire

Petite histoire pour Célia, Daphné et Alexandre

A l’heure où les fourmis vont boire...

Alexandre et Daphné étaient occupés à regarder une colonne de fourmis qui descendait le long du tronc d’un cocotier. Ces fourmis avaient vraiment l’air pressées, sans doute avaient-elles quelque chose de très important à faire.
- Regarde Daphné, dit Alexandre, je vais faire quelque chose de magique. Je mouille mon doigt avec ma salive et je le passe sur le tronc de l’arbre comme pour couper leur chemin par un trait invisible. Regarde bien !
En effet, il se produisit alors quelque chose de magique. Les fourmis dont la route avait été coupée par le doigt d’Alexandre se mirent à tourner en rond et à chercher leur chemin en se dressant sur leurs pattes, incapables de suivre celles qui n’étaient pourtant qu’à quelques centimètres et qui continuaient à pédaler sans s’occuper des traînardes. Mais, au bout d’un moment, une fourmi, relevée sur ses pattes et faisant remuer ses antennes, reprit la piste. Toutes les autres suivirent.
- C’est normal expliqua Célia qui venait d’arriver. Les fourmis se suivent grâce à l’odeur qu’elles laissent sur le tronc. C’est parce que la salive d’Alexandre n’a pas la même odeur que la salive des fourmis qu’elles ont été déroutées. Et si on allait voir où elles vont ces fourmis ? Ce serait amusant non ?
- Oh oui ! venez les gars, fit Alexandre. On y va !
- On n’est pas de gars, on est des filles, dirent en choeur Daphné et Célia !
- Bon ! d’accord ! C’est parce que je me croyais avec mes copains, répondit Alexandre.
Les trois enfants suivirent donc les fourmis qui descendaient le tronc du cocotier.
- Regardez ! elles vont boire l’eau qui goutte du robinet du jardin ! C’est pas génial comme voyage. Ah ! ensuite elles prennent une autre direction. Où peuvent-elles bien aller ?
- C’est facile à trouver dit Daphné, on fait comme les fourmis, on marche à quatre pattes, on se met dans la file des fourmis, et puis on suit !
Trois fourmis - un peu plus grosses que les autres - se mirent donc dans la colonne sans se faire remarquer. Les enfants arrivèrent ainsi à l’entrée de la fourmilière qui était creusée dans le sol.
- Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? On a beau faire les fourmis et marcher à quatre pattes, on ne va pas réussir à rentrer dans un trou aussi petit !
- Bon ! dit Célia, on va faire quelque chose de magique. Vous avez vu à la télé, on voit des émissions scientifiques avec des caméras minuscules qui rentrent à l’intérieur du corps et qui peuvent filmer l’intérieur de l’estomac ou des artères. Alors on va fermer les yeux et on va imaginer que nous rentrons à l’intérieur de la fourmilière. Bien sûr, notre corps reste à l’entrée de la fourmilière, mais notre esprit va voyager à l’intérieur. D’accord ?
- Je suis pas tellement sûre que ça marche, fit Daphné.
- Essayons toujours ! Tu es prêt Alexandre ?
- D’accord. Allons-y !

Les trois enfants fermèrent alors les yeux très fort et, comme par magie, se retrouvèrent à l’intérieur de la fourmilière.
- Mais il fait tout noir là-dedans ! dit Alexandre. Comment font les fourmis pour se reconnaître et pour lacer leurs chaussures ?
- Ah ! il est drôle ! dit Célia. Mais elles n’ont pas besoin d’y voir clair : elles ont des scratches à leurs baskets ! En fait si on n’y voit rien, c’est parce qu’on vient de la lumière. Dans quelques instants on verra beaucoup mieux.
En effet, leurs yeux s’habituèrent à la pénombre et commencèrent à mieux distinguer les formes.
Ils entendaient du bruit venant d’une galerie sur la droite et se dirigèrent dans cette direction.
- Arrête de rigoler Daphné ! tu vas nous faire repérer, dit Alexandre.
Les enfants arrivèrent alors jusqu’à une pièce où il y avait plein d’enfants fourmis qui étaient sagement assis par terre. Ils écoutaient une dame fourmi qui leur parlait en langue fourmi. C’était l’école des fourmis !

- Ecoutez bien les enfants, disait la maîtresse fourmi. Nous allons parler aujourd’hui des fourmis d’Amazonie. Qui sait où se trouve l’Amazonie ?
Alors une petite voix au premier rang leva la patte et dit :
- Moi je sais Madame : c’est là où il y a la plus grande forêt du monde et le plus grand fleuve du monde qui s’appelle l’Amazone.
- C’est bien Daphourmi ! dit la maîtresse. Mais c’est sur quel continent cette forêt immense et ce grand fleuve ?
- C’est en Amérique ! fit un garçon fourmi.
- Bien Fourmalex ! (c’était le nom du garçon qui venait de parler) dit la maîtresse. Alors, en Amazonie, en Amérique du Sud donc, il existe des fourmis - nos cousines, puisque toutes les fourmis du monde sont des fourmis - il existe des fourmis qui vivent d’une manière très rigolote. En général, les fourmis aiment le sucre - bien qu’il existe, vous le savez, des fourmis qui n’aiment que la viande - c’est pour cela que nous nous trouvons souvent sur la route des enfants des humains (comme les Daphné, les Célia et les Alexandre) qui sont aussi gourmands que nous. Quand ils oublient de refermer le pot de confiture, c’est bonnard pour les fourmis ! Bon, alors les fourmis dont je vous parle n’ont pas besoin, comme nous, d’aller à la pêche au sucre dans les armoires et les garde-manger. Elles habitent sur une plante qui produit du sucre à la demande, comme les distributeurs qui marchent avec des pièces. Quand elles ont faim, elles piquent la tige et une goutte de sucre perle au bout de quelques secondes. Mais ces fourmis ne font pas que soutirer le sucre de cette plante. Car elles la protègent des chenilles et des insectes qui viennent en manger les feuilles. Dès qu’un mangeur de feuilles approche, elles l’attaquent et le repoussent aussitôt. Ainsi la plante prospère-t-elle grâce à ses gardes du corps fourmis. Il y a une exception, toutefois, car une chenille vit pourtant sur cette plante-bonbon sans être inquiétée par les fourmis. C’est, qu’elle aussi, a la bonne idée de fabriquer du sucre et les fourmis la piquent de la même façon... Vous voyez les enfants, quand on fait usage de ses méninges on réussit toujours à se tirer d’affaire. C’est pourquoi il ne faut jamais inventer des maux de tête pour ne pas faire ses devoirs, car c’est le calcul mental qui fait passer les maux de tête... et les maux de ventre quand la faim vous donne des crampes d’estomac, en vous permettant de gagner votre pain. C’est parce que nos ancêtres fourmis ont observé, pensé, calculé qu’ils ont domestiqué les pucerons à sucre candi - bien avant que les hommes ne fassent leur révolution néolitihique comme ils disent. Bon ! assez pour aujourd’hui. Demain, nous étudierons à quoi sert l’acide formique et comment le geai - cet oiseau malin comme un singe - se débarrasse de ses puces en se faisant asperger d’acique formique par les cousines qui habitent sous son nid...

C’est alors qu’on entendit une voix qui venait de là-haut et qui appelait :
- Célia ! Daphné ! Alexandre ! où êtes-vous ? Venez vite prendre votre goûter !
- C’est William qui nous appelle, dit Célia. Vite ! On remonte.
Et hop ! Les trois enfants se retrouvèrent à l’extérieur de la fourmilière.

- Ah! c’était bien, fit Célia. J’ai l’impression d’avoir fait un rêve.


Votre papa qui vous aime pour toujours